Catégories
Diversification alimentaire

Les inconvénients de la DME

Ne nous faisons pas d’illusion, un enfant qui apprend à manger, c’est toujours compliqué, peu importe la méthode utilisée. La DME, n’est pas LA méthode parfaite et idéale qui règle tous les problèmes en un tour de cuillère bien que quelques inconvénients de la diversification classique soient évités. Elle a tout de même quelques inconvénients et si j’ai tenté d’être la plus transparente possible dans cet article, j’espère qu’au lieu de vous décourager cela vous donnera toutes les billes pour affronter et anticiper ces quelques petits désagréments.

Number One : c’est salissant !

Ne nous leurrons pas … un enfant qui mange en choisissant tout seul comment … c’est salissant. Je me souviens d’un couple d’amis, qui donnaient un petit pot à leur petit de 8 mois environ. Il a voulu attraper ce qu’il y avait dans la cuillère, et a fait tombé une petite goutte de purée sur la tablette de la chaise haute, avant de tremper son avant bras dedans. Et alors là … papa : “oh lala mais tu en as mis partout regaaarde!”, dégainage de sopalin pour maman qui s’empresse d’essuyer cet affreux bras “plein” de purée…

Et là dans ma tête, j’ai juste l’image de ma fille au même âge, qui me regarde d’un grand sourire, avec du brocoli (vous savez les petits grains au bout qui s’infiltrent partout…) dans les sourcils, les cheveux, sur les chaussettes, sur et sous la chaise haute, y compris sur le mur, mes propres vêtements et bien sûr le sol..

Conclusion : pour faire de la DME il faut un peu de patience et un peu de courage pour ranger et nettoyer à chaque fois. Celà dit, même si ces amis étaient peut-être un peu maniaques, la diversification classique c’est salissant aussi .. bon peut-être un peu moins, ok.

Quelques astuces cependant permettent de se simplifier la tâche, comme : avoir une chaise haute facile d’entretien, protéger son sol, utiliser un bavoir à manche/ combinaison totale ou juste en couche, prévoir des éponges dédiées (pour moi il y a un gant de toilette pour les mains et le visage, une éponge chaise et table et une éponge sol toujours à disposition), etc. On y reviendra dans un article dédié au matériel nécessaire.

Maîtriser ses peurs

Oui, car il n’est pas toujours simple de savoir ravaler ses frayeurs, laisser l’enfant faire et ne pas lui transmettre notre stress. (D’ailleurs ça va de pair avec l’inconvénient suivant, celui de l’entourage, qui ne nous aide pas, en général, à être calme et zen..)

Bien sûr on a très peur pour notre petit bout de chou d’amour, on ne voudrait surtout pas qu’il s’étouffe. Pourquoi ? Car c’est pour nous à peu près le pire scénario du monde imaginable au possible, puisqu’il mêle une urgence vitale immédiate qui ne nous laisse même pas le temps d’appeler les urgences, à notre culpabilité, puisque c’est notre morceau de carotte qui aura été à l’origine de l’étouffement (dans notre tête) et qu’en plus on a été incapable de faire les gestes d’urgence appropriés, tout cela menant à la mort de l’enfant… Bref, il est compréhensible que ça fasse peur et ce n’est pas à prendre à la légère !

Et pourtant, un enfant n’a pas plus de risques de s’étouffer s’il mange en DME qu’en diversification classique, voire même, la DME le protège ! Oui mais ça, vous me direz, autant d’articles internet, de bouquins ou de paroles d’experts ne m’en assureront pas tant que mon enfant n’est pas sorti vivant de tout cela. Et vous avez raison.

Les solutions ? PRE-VE-NIR

  1. S’informer : comment un enfant peut-il s’étouffer ? Quels en sont les causes et comment le réflexe vomitif fonctionne? Les précautions à prendre et les aliments à éviter ? etc. nous y reviendrons
  2. Se contrôler pour ne pas transmettre son stress à l’enfant, il gère
  3. Connaître les gestes d’urgence à réaliser (et les transmettre à l’entourage de l’enfant qui peut s’en occuper) – DME ou pas d’ailleurs.

L’entourage

Alors là oui, je vous l’accorde, c’est un inconvénient majeur. Car même si vous êtes archi convaincu par la DME, ce principe est encore loin d’être la norme en France. Pour l’appliquer correctement, encore faut-il le faire accepter par votre conjoint, votre nounou, la crèche ou tout autre personne qui s’occupe de l’enfant. Bien que les pratiques changent, ce n’est pas simple. S’ajoutent à cela les doutes de votre médecin, celui qui est en général pour nous LA référence et, disons-le, l’unique point d’ancrage en cas de panique de notre côté.. donc aller contre sa volonté c’est dur ! Et les réticences (compréhensibles) de votre nounou, si vous en avez une, ou des personnels de crèche pour adapter l’alimentation à votre enfant. Dans ces cas là, à vous de savoir faire la part des choses : ne pas brusquer tout votre entourage à vos pratiques chelou, tout en expliquant de manière pédagogique le pourquoi de votre choix et proposer à votre enfant un apprentissage cohérent de l’alimentation malgré les différents endroits et personnes qui s’occupent de lui; de toute façon l’enfant fait très bien la différence.

C’est l’enfant qui décide … ou l’apprentissage du lâcher prise

Sur ce point, tout dépend de votre personnalité. Pour certains parents c’est extrêmement compliqué de ne pas pouvoir mesurer combien l’enfant a mangé, d’autant que les quelques conseils nutritionnels que l’on rencontre mesurent l’alimentation au gramme près… Va savoir sur le quart de tomate, les grosses pâtes et la moitié d’oeuf dur qui sont à présent réparti entre un masque pour la peau, une peinture pour le mobilier, un nouveau revêtement de sol et une petite partie dans l’estomac, combien de grammes de protéines sont réellement entrés dans la bouche, sans en ressortir…

Au-delà de l’absence totale de contrôle, c’est l’enfant qui décide ce qu’il aime manger et ce qu’il n’aime pas. Souvent cela change d’ailleurs d’un jour à l’autre, selon les textures, les assaisonnements utilisés, ou en fonction de ce qu’il y a d’autre à disposition dans l’assiette.

Le parent doit accepter de ne pas contrôler la quantité, ni les éléments ingérés. La seule chose que le parent peut diriger c’est l’heure du repas et les éléments mis à disposition (et je pense que si on pouvait demander leur avis à nos bambins, cette liberté laissée à l’adulte est déjà beaucoup trop !). Autrement dit, l’enfant mange s’il le souhaite. D’où l’importance d’accepter également que l’enfant ne mange rien du tout, sans chercher à le forcer (mais sans se priver pour autant de réfléchir aux causes potentielles, surtout si cela se répète plusieurs fois).

L’enfant peut également choisir d’aimer des choses … inhabituelles pour un enfant ! Au printemps dernier, nous sommes descendu dans le Sud de la France, et en bon touristes, nous sommes allés mangé sur le port de Marseilles. J’avais très envie de poisson frais, mais bizarrement, tous les poissons sur la carte venaient de Norvège, de l’Atlantique ou d’on ne sait où, mais pas de la mer qui était juste là … bref. Après avoir (poliment) exprimée ma râlerie à la serveuse, je prends un plat avec une sauce aux palourdes. Le cuisinier a donc (généreusement) agrémenté mon repas de 5 palourdes (j’aurai peut-être du changer de resto en fait… en plus leurs chaises hautes n’étaient pas du tout adaptées.. forcément… mettre un réhausseur sur un canapé design, ça casse le style). Tout ça pour dire que ma fille de 18 mois m’a sucrée toutes mes palourdes ! Mais quel enfant fait ça ! On lui a proposé un petit plat de pâtes, mais non, madame voulait mes fruits de mer à la sauce à l’ail.. va comprendre.

Nous savons aujourd’hui que notre fille est une inconditionnelle du poisson et des fruits de mer de tous type, cru ou cuits, et même des escargots…

Oui, en général les enfants élevés en DME sont plus sensibles aux goûts et préfèrent les aliments plus relevés. Notre fille court après les cornichons ou le vinaigre par exemple. A nous de faire attention de la tenir éloignée des sauces industrielles pleines de sel, de sucre et d’exhausteurs de goûts.

Le parent est un exemple

Comme pour tout ce qui concerne la vie d’un enfant, celui-ci imite à l’identique ce que fait son parent.

Conclusion : si vous aviez l’habitude de vous goinfrer de chips et de saucisson juste avant le repas, il voudra faire pareil. Si vous tartinez votre pain avec une couche de beurre de cacahuètes et une couche de miel … ben attendez vous à des demandes … (c’est juste un exemple évidemment, je ne fais jamais ça !). A nous donc d’appliquer ce que nous souhaitons enseigner à notre enfant.

Dans notre cas, nous nous sommes motivés pour manger à table (et non sur la table basse du salon), en éteignant la télé et je n’achète plus de chips ou de saucisson (ou alors bien caché au fin fond de l’armoire… à ne sortir que quand la petite est couchée 😉 )

Il faut s’organiser … ou pas

En réalité, ceci est un faux inconvénient.

Effectivement, il faut s’organiser pour avoir toujours à disposition de quoi cuisiner quelque chose qui soit adapté à l’enfant, là où sortir un petit pot de l’armoire serait bien plus simple. Mais en réalité, nous utilisons les restes des repas précédents, et cela nous oblige à avoir toujours à disposition des fruits frais et des petits légumes.

Pour les cas d’urgence, j’ai pré-cuits des morceaux de légumes que j’ai placé au congélateur et en cas d’extrême urgence, notamment pour sortir à la dernière minute, un petit pot très ponctuellement ce n’est pas bien grave.

Vient la question du resto … hé ben non, ce n’est pas du tout compliqué ! A vrai dire, le plus dur est de trouver des lieux avec une chaise haute sans danger mortel pour notre enfant. Sinon, nous demandons toujours une petite assiette vide et mettons quelques éléments de notre propre plat dans son assiette. Nous avons toujours dispo dans le sac à langer (ou dans mon sac à main) : une paille en acier réutilisable (avec son petit cure-pipe), son gobelet pour l’eau, des petites serviettes/lingettes et ses couverts en bois, et voilà. A nous les sorties en famille !

Pour conclure, des inconvénients de la DME, il y en a. Pour moi, la phase de formation du papa (« hé chéri, j’ai lu un article qui bla bla bla … ») m’a aidé à me poser des questions et à savoir lui expliquer les choses de manière cohérente. Ma flemme au nettoyage a été le plus gros effort à fournir, mais ça reste minime. Pour certains, la DME ne « fonctionne pas bien » car ils ont des difficultés à accepter que l’enfant ne mange pas de grosses quantités, surtout au début, et pensent que l’enfant ne mange pas à cause de la DME. A mon sens, l’entourage et le nettoyage que ça représente sont les seuls vrais éléments qui peuvent freiner l’utilisation des cette méthode, d’où l’importance d’être bien préparé matériellement et mentalement !

Catégories
Diversification alimentaire

C’est quoi la diversification alimentaire ?

Tout jeune parent, sortant à peine de la maternité, découvrant les joies des couches, de l’allaitement ou des biberons et qui a pu trouver (ou non) un mode de garde, entend parler un jour de “La Diversification Alimentaire”. Que ce soit pas son médecin, des amis, parents ou autre, on s’est tous demandé un jour … mais qu’est-ce que c’est ?

Tentons d’y voir plus clair …

Que mon enfant n’allait pas boire du lait toute sa vie, je m’en doutais bien … (encore que .. on peut pas ? C’est pratique pourtant !). Mais, comment, ça ne se fait pas tout seul ? Un beau jour bébé mange des petits pots, le lendemain une plâtrée de spaghettis bolo’ et puis les menu enfants au resto ?

Et ben non, ou plutôt si, bébé l’apprend tout seul, mais pas par magie. L’apprentissage des repas diversifiés (c’est à dire autres que le lait), ça s’apprend, comme tout dans la vie d’un bébé. Diverses approches existent et certaines règles sont à respecter pour éviter les allergies ou les risques d’étouffement. De plus, la période de la diversification est essentielle pour préparer l’enfant à garder toute sa vie un rapport sain avec l’alimentation. Mais pas de panique, tout s’apprend, le tout est de s’informer !

La diversification : définition

Commençons par l’aspect scolaire (promis, je ne vous bassine pas longtemps avec ça!) : “Chez le nourrisson, passage progressif d’une alimentation lactée exclusive à une alimentation variée.” (Larousse médical)

Ok, jusque là, on s’en doutait un peu. Mais à côté de cette définition simpliste, plusieurs images populaires ou issues de notre propre enfance tournent autour de l’apprentissage de l’alimentation chez l’enfant. Dans l’imaginaire, on a souvent l’image de cet enfant qui détourne la tête d’un air dégoutté en serrant les lèvres devant une cuillère remplie d’une purée indéfinie.. ou bien du parent qui tente par diverses astuces d’aligner les étoiles pour que bouche ouverte + cuillère de purée entrent en collision à un moment donné (l’avion qui rentre au garage, l’abeille qui s’approche, la cuillère pour papa ou pour maman, “ooh regarde”, etc.).

Qu’est-ce qui se cache derrière cette bataille ? Bien souvent, la peur du parent que l’enfant ne mange pas assez. Car oui, il paraît qu’un enfant qui va bien, c’est un enfant un peu potelé et qui mange beaucoup. Pourquoi ? Car nous sommes encore issus de générations ayant connu plusieurs guerres d’affilées et pour qui un bébé qui mange bien était signe d’opulence. Cela est d’autant plus vrai qu’à l’inverse, un enfant qui ne mange pas ou peu, c’est en général un signe qu’il y a quelque chose qui ne va pas.

Mais aujourd’hui … sommes-nous toujours obligé de remplir nos enfants ?

Bref, nous reviendrons sur ces considérations plus tard, mais cela fait la transition vers notre prochaine partie : les différents types de diversification alimentaire.

J’utilise volontairement pas le terme de “méthode”, car en général, malgré toute notre bonne volonté, la méthode qu’on cherche à appliquer à la lettre n’est pas celle que choisie l’enfant… Devant tant de spontanéité, notre idée d’appliquer une seule et même méthode est bien souvent réduite à néant .. parlons donc plutôt « d’approche » que nous proposerons à l’enfant.

Aujourd’hui dans les pays occidentaux, il y a principalement deux approches : l’approche classique et l’approche DME (diversification menée par l’enfant) – mais qui porte aussi d’autres noms.

L’approche classique :

La manière la plus courante de diversifier son enfant aujourd’hui est, à peu de choses près, la suivante (selon les sources cela varie légèrement, mais en moyenne c’est ça) :

  • début des premiers aliments autre que le lait vers 4 – 5 mois, par l’apport d’aliments mixés en purée et servi à la cuillère ;
  • introduction des premiers “morceaux” vers 8 – 9 mois avec différentes techniques (épaissir la purée et y ajouter des pâtes un peu trop cuites, proposer des légumes bien murs, etc.), tout en encourageant bébé à utiliser ses couverts. Ce passage peut varier dans le temps, certains introduisent les morceaux qu’après un an voire plus ;
  • puis il est communément admis qu’entre 12 et 18 mois l’enfant commence à utiliser ses couverts et qu’il devrait donc pouvoir manger proprement vers 2 ans.

Si certains d’entre vous ont des enfants (normaux) qui ont passé la barre des 2 ans, je pense qu’ils rigoleront un peu .. (autant vous le dire tout de suite, un enfant ne mange pas proprement avant son entrée à la fac ! – et encore.. )

La DME (Diversification menée par l’enfant) 

Cette approche, également appelée Diversification Libre et Autonome ou Baby Led Weaning en anglais peut se résumer par les principes suivants :

  • Attendre 6 mois révolus et/ou que l’enfant se tienne bien assis et démontre un intérêt pour l’alimentation pour commencer à lui proposer de l’alimentation
  • Lui proposer des aliments entiers et mous (c’est-à-dire non mixés, mais bien cuits par exemple, surtout au début) avec lesquels l’enfant pourra jouer, qu’il pourra manipuler, mettre dans la bouche, machouiller, etc. tout en gardant le lait comme aliment principal jusqu’à 1 an environ.
  • Puis laisser l’enfant développer ses goûts et ses préférences en lui proposant les mêmes repas que pour le reste de la famille.

Quelle que soit l’approche choisie, certaines règles de base sont à respecter pour tout le monde, notamment concernant les allergies, mais nous y reviendrons.